La lettre de l’image

missel-ms-103

La lettre de l’image ?
N’est-ce pas plutôt une image dans la lettre ?

Certes…
Mais l’image est lettre, parole.
Comme l’Incarnation du Verbe fait chair est parole au cœur du croyant,
l’enluminure exprime en son propre langage l’unique Parole d’un Dieu livré par amour.

Du 15 novembre 2016 au 28 janvier 2017, les manuscrits médiévaux des Jacobins de Toulouse, enluminures et mots, sortent des réserves de la Bibliothèque municipale. Ils s’offrent au regard, à l’intelligence et à la sensibilité, à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine.

Laissez-vous saisir…

Note :
Ms. 103 (Missel du XIIIe siècle des Frères Prêcheurs du couvent des Jacobins de Toulouse), fol. 135.

Pour visualiser de chez vous les manuscrits conservés à Toulouse, cliquez ici et naviguez.

Publié dans Enluminures | Laisser un commentaire

De Sienne à Arequipa

pesscaL’université de Californie conduit un magnifique projet intitulé PESSCA (Project on the Engraved Sources of Spanish Colonial Art).

Comme l’intitulé l’indique, il s’agit de relier les peintures du Nouveau Monde à leurs modèles gravés européens.

Actuellement est présentée une exposition qui dévoile une Vie de sainte Catherine de Sienne en peintures, exécutées entre 1650 et 1680 pour le monastère Santa Catelina d’Arequipa au Pérou. Les chercheurs ont fort justement mis en regard des toiles une Vie en planches gravée à Paris en 1607 et éditée par Jean IV Leclerc (1560-vers 1620/1622). L’ensemble des scènes peut être examiné dans un catalogue provisoire.

Ce premier coup d’œil mériterait d’être complété et le rapprochement explicité. Il conviendrait de partir de la Vie, gravée par Pieter de Iode (1570-1634) d’après les dessins de Francesco Vanni (1563-1610) et imprimée à Rome en 1597 par Matteo Florimi (vers 1540-1613). Les planches de cette Vie sont en format « paysage » et offrent trois scènes par feuille. Pieter de Jode fit une copie des planches et la fit imprimer sans doute à Anvers. Le format, sensiblement égal à une feuille de papier A4, parut-il difficile à manier ? Cornelis et Philippe Galle choisirent, en 1603, de graver séparément les scènes pour les éditer en un opuscule en format « portrait » d’environ 16 x 10 cm (coup de planche : 14, 8 x 9, 3 cm).

Le succès fut immédiat et les copies se multiplièrent, notamment à Paris, à Rome et à Venise. Les éditions parisiennes et romaines gagnèrent l’Espagne et de là, le Nouveau Monde. Elles servirent alors de sources iconographiques pour les artistes œuvrant dans les couvents de l’Ordre des Prêcheurs.

Notes :
Image de gauche : Planche n° 18 de la Vie imprimée à Anvers par Philippe Galle. Burin, c. de pl. : 14, 8 x 9, 3 cm. Voir France, Paris, BnF, Rd3 (Catherine de Sienne).
Image centrale : Sainte Catherine ressuscite sa mère, vers 1650-1680. Huile sur toile, 107 x 163 cm. Perou, Arequipa, Pinacothèque du Monastère Santa Catelina.
Image de droite : Planche n° 18 de la Vie imprimée à Paris par Jean IV Leclerc. Burin, c. de pl. : 19 x 13, 4 cm. Espagne, Madrid, Biblioteca nacional de España – cote : ER/1652.
Publié dans Estampes, Peintures | Laisser un commentaire

Le Vieux Papier

001 Dîner le Vieux Papier 26 décembre 1912 - copiePourquoi la curiosité serait-elle un vilain défaut ?

Et  pourquoi  les vieux papiers  ne seraient-ils destinés  qu’aux souris et autres « papivores » ?

Un bout de feuille ou de carton peut porter les traces d’histoires et de l’Histoire.
Ce qui aujourd’hui apparaît banal se révèlera peut-être, un jour, extrêmement riche d’originalité et digne d’étude.

Une Société, née en 1900, rassemble ainsi des passionnés d’encre et de feuilles, de traits de plume et de coups de pinceaux, de noir et de blanc et de couleurs rutilantes.

Le Vieux Papier attend votre curiosité… Osez partir à sa rencontre en cliquant sur les liens et en allant sur sa page Facebook, car aussi anciens soient les documents, aussi high tech sont les moyens de les faire connaître.

Le Vieux Papier possède sa propre revue dont les numéros les plus récents sont à commander et les plus anciens à consulter dans toute bonne bibliothèque municipale (format papier) ou sur Gallica, le site de numérisation de la Bibliothèque nationale de France.

Soyez curieux !

Publié dans Curiosités, Estampes, Non classé | Laisser un commentaire

Et le sang ne cria pas

Louis Bertrand Pro-Antic - copie
Et le sang ne cria pas… parce qu’il ne coula pas.
Le canon du pistolet devint le crucifix.
Un autre sang avait été versé.

Ce sang-là lave… toute âme…
Ce sang-là nourrit jusqu’à transformer toute révolte en don de soi.

Il faut parfois du temps, beaucoup de temps : que les émotions s’apaisent, que la raison se retourne dans le bon sens, que le désarroi cède place au courage de demeurer en paix et de donner la paix.

Mais, même les plus saints s’affrontent au doute, et Louis-Bertrand quitta le Nouveau Monde pour rejoindre son Espagne natale.
Démission de la mission ou humilité de celui qui sait qu’il n’est pas plus grand que son Maître ?

Le sang ne coula pas mais le bien se fit, ailleurs et autrement.

Note :
Artiste non identifié, Saint Louis-Bertrand attaqué, XVIIIe siècle. Huile sur toile, 168 x 114 cm. Vente chez Parino Mercato Antiquario.
Publié dans Peintures | 1 commentaire

Le temps qui passe

Le temps qui passeCouleurs qui se fanent… voile qui s’effiloche… manteau qui se mite…

Le temps œuvre dans la pierre, condamnant les froufrous savamment ciselés au ciseau. Demeurent le bleu iris, la rondeur d’une joue, l’apaisante blancheur de la carnation.

En atours de fête comme de tous les jours, la Dame vous attend, le regard suspendu au temps qui passe.

Notes :
Image de gauche : Notre Dame du Palais, XIVe siècle.
Image du centre : Nostre Dame de Grasse, deuxième moitié du XVe siècle.
Image de droite : Notre Dame de la rue Pharaon, XIXe-XXe siècle.
Publié dans Au coin des rues, Curiosités | Laisser un commentaire

Coup de coeur

Prédelle sts dominicainsCoup de cœur pour une exposition exceptionnelle inaugurée à Colmar, le 4 juin 2016.

Vous pouvez la visiter jusqu’au 11 septembre 2016.

Je vous propose de la découvrir grâce à une courte vidéo, en cliquant sur le mot « Colmar » ci-dessus.

Publié dans Enluminures, Estampes, Peintures | 1 commentaire

Voyage en terre inconnue

Adam et Eve bougeoirs - copieÀ Marie-Pasquine

Les 23 et 24 juillet 2016, sera dispersée l’incroyable collection de la famille Subes (Raymond Subes (1891-1970), ferronnier d’art, Jacques Subes (1924-2002) et son épouse Françoise Blanc-Subes (1927-2015), créatrice de papiers peints). L’ensemble est conservé au château des évêques de Dax à Saint-Pandelon.

Le numéro 661, une paire de bougeoirs en bronze patiné du XVIe siècle, retient l’attention au milieu de lots bien plus prestigieux.

Adam et Eve bougeoirs Hauteur totale - copieLa notice du catalogue indique : « en bronze patiné, fûts ornés de personnages : Adam et Eve, soutenant les bobèches en forme de corbeilles de fruits, les pieds enserrés par un serpent, base circulaire gravée ».

La notice est séduisante et ouvre l’esprit à de multiples interrogations.

Partant de l’idée que le couple représenté est celui d’Adam et Ève, la présence des serpents renvoie immédiatement au récit de la Genèse et à la désobéissance des premiers humains. La conséquence en fut un exil du jardin paradisiaque et une vie de labeur marquée, au terme, par la mort. La paire de bougeoirs serait alors une sorte de Memento mori.

Toutefois, un regard attentif discerne assez aisément des distorsions par rapport aux codes traditionnels de l’évocation de l’épisode biblique.

En premier, la présence d’un serpent sur chaque bougeoir. Habituellement, celui-ci est plutôt associé à Ève qui se laissa séduire par le discours du tentateur. Ève, elle-même, manque d’apparat. Elle n’a pas de longue chevelure propre à enrouler la volonté d’Adam. La chevelure est aussi abondante chez l’homme que chez la femme…

Adam ne cache pas son sexe derrière des feuilles de figuier ou de vigne… L’espèce de périzonium qui le couvre évoque davantage une tenue des dits « sauvages » du Nouveau Monde. Les corbeilles de fruits portées sur la tête (difficile à certifier) évoqueraient plus les richesses amérindiennes que les récoltes tirées du labeur d’Adam.

XVIe siècle… S’agissait-il de transcrire les découvertes, encore récentes, de nouvelles terres emplies de promesses mais aussi de dangers permanents ? Les êtres humains rencontrés étaient-ils perçus en ce paradis subsistant comme des survivants de l’Éden ?

Il serait grand temps que cette jolie paire porte de nouveau lumière !

Notes :
Vente par le commissaire-priseur Coutau-Begarie.
Hauteur des bougeoirs : 34, 5 cm.
Mise à prix : 10 000/15 000 euros.

À François Daguet

Email charles BorroméeLe 19 juin 2016, Bertrand Miallon présidait une vente aux enchères à Périgueux dans laquelle le lot 12 consistait en une double plaque émaillée circulaire (en réalité, deux plaques encollées, l’une au verso de l’autre). Pour préparer la vente, appel fut fait à un expert, monsieur Royer. La première version du catalogue décrivait ainsi la scène : « Médaillon double face en émail peint sur cuivre d’une vive polychromie représentant d’un côté la dernière communion de la Vierge, celle-ci étendue au milieu des apôtres, et de l’autre Saint Jacques de trois quart. Légers rehauts de dorure, dont S.JACQUES en bordure ».

catalogue première moutureLa description de l’avers était surprenante : la communion de la Vierge est un sujet commun mais, à notre connaissance, une telle scène ne se déroule jamais au milieu des apôtres étendus, la Vierge tenant un enfant dans les bras… En pure gratuité et trouvant simplement dommage d’afficher une aussi mauvaise compréhension de la scène, un courrier fut aussitôt adressé au commissaire-priseur.

Aucune réponse n’a été reçue mais la notice du catalogue fut modifiée… en maintenant le nom de l’expert comme auteur de l’identification du sujet !

Catalogue deuxième moutureL’avers est une réinterprétation en peinture sur émail (vraisemblablement exécutée à Limoges) d’une huile sur toile conservée à Narbonne. Attribuée à Pierre Mignard (1612-1695), l’œuvre célèbre la charité de saint Charles Borromée qui se dévoua auprès des pestiférés à Milan, en 1576. L’émailleur a su adapter le sujet à la forme ronde de la plaque de cuivre, ôtant certains détails pour en garder d’autres. Des transformations sont volontaires, comme les rayons d’or de la présence divine dans la partie supérieure. D’autres résultent peut-être d’une mauvaise compréhension, tel le changement du sol en lattes de bois en une sorte de tapis bleu et marron sur lequel écuelle et cuiller ont été conservés. Le choix des couleurs et la production en contrepartie semblent indiquer que l’émailleur a travaillé d’après une estampe alors en circulation.

Le commissaire-priseur a-t-il donné lors de la vente ces détails que nous lui avions communiqués (avec cliché du tableau de Pierre Mignard) ?

Pierre Mignard Charles Borromée - copieD’une interrogation sur une paire de bougeoirs à ce double émail à l’iconographie mal évaluée en premier lieu, nous aimerions attirer le lecteur de passage sur un ouvrage tout à la fois humble et plein d’envergure. Philippe Costamagna, conservateur du musée d’Ajaccio, vient de publier son expérience fascinante « d’œil ». Être « œil », savoir attribuer une œuvre, reconnaître son sujet, discerner son histoire, n’est pas un métier. C’est une passion qui relève tout autant de la mémoire visuelle enrichie au fil des ans, que de la connaissance en histoire et en histoire de l’art. Elle requiert d’être en éveil, d’avoir sans cesse un esprit curieux, de se défaire des a priori, d’accepter de ne pas savoir, de ne pas voir… jusqu’au jour où l’œil croise ce que nul œil, auparavant, n’avait observé sous un certain angle.

N’hésitez pas, plongez-vous dans le témoignage de Philippe Costamagna, aussi passionnant que n’importe quel roman d’été !

Notes :
Plaque émaillée circulaire collée à une seconde plaque. Avers : Émailleur non identifié, d’après Pierre Mignard, Saint Charles Borromée distribuant la communion aux pestiférés, s. d. [après 1650]. Peinture sur émail, Ø 9, 5 cm environ.
Pierre Mignard (1612-1695), Saint Charles Borromée distribuant la communion aux pestiférés, vers 1650. Huile sur toile, 361 x 241 cm. France, Narbonne, Musée d’art et d’histoire, 846.4.1.
Philippe Costamagna, Histoires d’œils, Paris, Grasset & Fasquelle, « Le courage », 2016.
Publié dans Curiosités, Emaux de Limoges | Laisser un commentaire