Tapis arméniens pour saints dominicains

À Jérôme Ruiz par qui toute œuvre est rendue à elle-même…

Pierre Martyr restauré 2Infime détail sous les pieds du martyr solennellement recueilli, un tapis se devine sur l’herbe du décor. Fragment insolite et pourtant inscrit dans une longue tradition des peintures italiennes de la première Renaissance.

Lauren Arnold a patiemment dressé un catalogue de tableaux et panneaux faisant apparaître, d’abord sous les pieds de la Vierge Marie, puis sous ceux des saints, des tapis de prière orientaux. Tapis dont certains furent pieusement gardés dans les églises jusqu’au XIXe siècle avant d’être dispersés dans des musées ou des collections privées. Avant qu’Internet ne permette la création de bases de données, les chercheurs donnaient une origine ottomane  et islamique à ces éclatants entrelacs de laine. Mais il appert désormais que les tapis aient été de précieuses reliques transportées par les Arméniens chrétiens dans leur fuite vers l’Italie lorsqu’ils furent menacés par les musulmans. D’où un soin jaloux apporté à leur maintien dans les églises. Leur beauté, mais aussi leur étrangeté, ne tardèrent pas à séduire les peintres en art sacré.

Le rêve serait, comme certains tentent de le faire, de rapprocher les tapis présents dans les œuvres de modèles noués et encore conservés.

Lorenzo Lotto, Saint Antonin de Florence faisant l'aumône, vers 1540

Lorenzo Lotto, Saint Antonin de Florence faisant l’aumône, vers 1540

Entreprise audacieuse qui, parfois, esquisse des filiations. Plus incertaine est la quête de sens symboliques à donner aux motifs des tapis de prière. Faut-il voir dans les phénix et les dragons des symboles du Christ et de la vie éternelle donnée en sa Passion et par sa Résurrection, ou les influences d’un Orient encore plus lointain ?

Bartolomeo degli Erri, Saint Vincent Ferrier ressuscitant un enfant, 1475-1500

Bartolomeo degli Erri, Saint Vincent Ferrier ressuscitant un enfant, 1475-1500

Une chose est certaine. En son martyre, Pierre de Vérone tint bon dans la fidélité au Christ et, à ce titre, il mérita d’être présenté en gloire sur un tapis tissé de la foi de tous les chrétiens persécutés d’Arménie, ralliés à l’Église latine en Italie.

Notes :
Images du registre supérieur : Attribué à Francesco da Pavia, Saint Pierre de Vérone dit Pierre Martyr, troisième quart du XVe siècle. Techniques mixtes sur bois, 88 x 43, 5 cm. Panneau de polyptyque restauré par Jérôme Ruiz en 2015.
Images du registre intermédiaire :
Lorenzo Lotto (1480-1556), Saint Antonin de Florence faisant l’aumône, vers 1540-1542. Huile sur bois, 332 x 235 cm. Italie, Venise, Basilica dei Santi Giovanni e Paolo.
Tapis d’Anatolie, XVIe siècle.
Images du registre inférieur :
Bartolomeo degli Erri, Saint Vincent Ferrier ressuscitant un enfant, 1475-1500. Techniques mixtes sur bois, 60, 5 x 35, 5 cm. Autriche, Vienne, Kunsthistorisches Museum Wien, Inv.-Nr. GG_6696. Le panneau provient d’un polyptyque sur la Vie de saint Vincent créé pour l’église San Domenico de Modène et aujourd’hui démembré. Le musée des Beaux-Arts de Vienne en conserve plusieurs éléments.
« Tapis du Dragon et du Phénix », deuxième moitié du XVe siècle. Laine nouée, 164 x 91 cm. Allemagne, Berlin, Museum für Islamische Kunst, Ident.Nr. I. 4.
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