Corps livrés, perdus, aimés…

Botticelli Corps livrésOutragé à l’extrême, le corps du Roi des Juifs est descendu de son humiliation. De mains de bourreaux en mains de disciples jusqu’aux genoux de la mère. Mains de femmes qui le retiennent au-dessus de l’abîme des ténèbres. Larmes de douleur et d’amour qui le lavent et le parfument en un ultime baiser.

Inexorable, le soleil couchant rend furtifs les adieux à l’Aimé. Sa course presse de déposer le corps vénéré au tombeau qui le dérobera désormais à toute caresse.

En hâte ou solennellement, rochers et sols s’ouvrent, absorbant le corps des êtres chéris et estimés. Perdu est le corps du Ressuscité aux sens de Marie de Magdala qui le réclame. Oublié le corps de Dominique, dans l’élèvement de son âme.

San-Domenico-0094

Rouvrir la terre, palper le sensible, sentir l’exhalaison ineffable de la Vie. Ne plus perdre le contact rompu par le rituel de l’ensevelissement. Hors sens, demeure la magdaléenne devant la pierre roulée et l’absence. En haut sens, les Prêcheurs exaltent les restes de leur père. Tombeau sculpté et reliquaire réapproprient le corps délaissé et offrent les membres à la vénération.

Image de gauche : translation du corps de Dominique par les frères Klauber (vers 1750) Image de droite : tombeau de saint Dominique à Bologne par Cornelis Galle (1611)

Image de gauche : translation du corps de Dominique
par les frères Klauber (vers 1750)
Image de droite : tombeau de saint Dominique à Bologne
par Theodore Galle (1611)

reliquaire

Reliquaire contenant un métacarpe
de saint Dominique
Avignon, fin XVIIe siècle ?

Devant l’autel l’unité se recrée. Les membres du corps du saint qui fut temple du Saint invitent à la communion au corps eucharistique. Corps sacramentel du Vivant. Il est la Tête, ils deviennent les membres. La Vie du Saint des saints qui animait le corps de Dominique livré au salut des âmes et qui glorifie désormais son corps retrouvé, coule aussi dans les éplorés.

« Les reliques sont sur terre comme des parcelles dures d’éternité », écrivait Jean-Claude Schmitt. Les vénérer serait-ce déjà entrer dans cette éternité faite pour aimer et vivre du Bien-Aimé ?

Reliquaire contenant un métacarpe de saint Dominique Maison Seilhan - Mai 2015

Reliquaire contenant un métacarpe
de saint Dominique
Maison Seilhan – Mai 2015

Notes :
Image supérieure : Sandro Botticelli (1445-1510), Lamentations sur le Christ mort, vers 1490. Tempera sur panneau, 140 x 207 cm. Allemagne, Munich, Alte Pinakothek, inv. 1075. Voir sur Internet.
Sculpture : Nicola Pisano (vers 1220-vers 1284), La vision du frère Guala, 1267. Marbre, dimensions non renseignées. Italie, Bologne, Eglise du couvent des dominicains.
Translation de saint Dominique le 24 mai 1233 : Johann Baptist (1712-1787) ou/et Joseph Sebastien (1710-1768) Klauber, vers 1750. Burin, 14, 5 x 9, 5 cm.
Tombeau de saint Dominique à Bologne imaginé par Theodore Galle (1571-1633) en 1611. Burin, 15, 25 x 9, 5 cm.
Reliquaire du métacarpe de saint Dominique : Graveur non identifié, Le reliquaire de saint Dominique à Avignon, fin XVIIe siècle. Eau-forte, 10, 8 x 6, 8 cm. Le reliquaire de la gravure semble correspondre aux informations fournies par le dominicain Jean Mahuet dans l’histoire du couvent d’Avignon qu’il rédigea en 1678. La relique d’Avignon fut transférée au couvent de Carpentras et fit l’objet d’une reconnaissance canonique par Monseigneur Louis-Anne Dubreil, archevêque d’Avignon, en 1867. Actuellement conservé au couvent des Frères Prêcheurs de Poitiers, le reliquaire de style néogothique du XIXe siècle fut prêté dans le cadre des célébrations du huitième centenaire de la fondation de l’Ordre aux dominicains de Toulouse qui l’exposèrent à la Maison Seilhan.
Note de 2016 : Le reliquaire présenté sur la gravure est peut-être celui du sang miraculeux de saint Nicolas de Tolentino que le pape Clément XI offrit aux ermites de saint Augustin de Münich en 1705. Des attributs (lys et et étoile) sont communs à saint Dominique et à saint Nicolas de Tolentino. L’image a vraisemblablement été découpée d’un ouvrage, pour l’heure non reconnu. Merci au lecteur de passage qui aurait une idée… et qui permettrait ainsi de trancher.
Citation de Jean-Claude Schmitt : « Les reliques et les images », Bozóki (Edina) ; Helvétius (Anne-Marie), Les reliques. Objets, cultes, symboles. Actes du colloque international de l’Université du Littoral-Côte d’Opale, Boulogne-sur-Mer, 4-6 septembre 1997, Brepols, « Hagiologia », 1999, p. 150.
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