Crèche de paix ?

L’objet est magnifique, témoignant à la fois de la grande dextérité de l’artiste et des pratiques dévotionnelles privées dans les Pays-Bas méridionaux du début du XVIe siècle.
Au centre, Marie et Joseph vénèrent silencieusement, recueillis en eux-mêmes, l’Enfant Jésus (malheureusement perdu avec le temps).
Autour d’eux, dans le décor soigné d’une étable partiellement délabrée, les anges, les bergers et les animaux ajoutent de la vie à l’ensemble. L’âne semble bien plus avide de nourriture que de contemplation !

Au-delà des éléments traditionnels, cette crèche, qui porte la date de 1527, délivre deux messages.
Le premier à caractère théologique indique que l’Enfant né a une destinée tragique. La bordure inférieure de l’objet est entièrement couverte par la représentation des instruments de la Passion et l’évocation des tourments endurés. L’humanité du Christ fut traversée par la violence et la Devotio moderna s’attacha à conjuguer en une seule méditation les deux volets que furent l’Incarnation et la Passion.
Le second est sans doute dirigé contre les Réformés. En effet, les pieds des bergers situés aux extrémités écrasent violemment des personnages dont l’un crache par la bouche un serpent. On pourrait n’y voir qu’une allégorie de toutes les hérésies mais le contexte historique donne à penser que la paisible représentation de la Nativité contient également une dimension polémique circonstanciée.

Mais à vous qui passez par ici, je souhaite un Noël dont la paix se diffusera tout au long de 2018.

Cette crèche de noyer (78 x 50 x 26 cm) fut vendue aux enchères chez Sotheby’s, le  6 juillet 2017, pour la modique somme de 212 500 livres sterling (environ 238 000 euros, hors frais)… un très joli cadeau de Noël…
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Du burin faire naître un peuple de saints

Au premier plan, d’une entaille profonde, ou, en arrière-plan, d’un trait de burin moins appuyé, Raphael Sadeler a fait surgir tout un peuple, celui des saints.
Bienheureux, ils ne semblent pas impliqués dans le drame qui se joue sur la hauteur de l’estampe, du ciel à la terre.

Seuls Dominique et François, qui enserrent l’orbe, se sentent interpellés, car c’est d’eux dont il est question tout en haut. Pour calmer le courroux de son Fils, la Vierge Marie, promet que les deux saints obtiendront sur terre la conversion des pécheurs. Immense est et sera l’assemblée des élus du ciel, pécheurs pardonnés et sauvés. Foule que nul ne peut compter, dit l’Apocalypse.
Note :

D’après Paolo PIAZZA (1560-1620), peintre ; Raphael II SADELER (1584-1632), graveur, [Saint Dominique et saint François désignés pour arrêter le courroux du Christ], 1607.
Burin, épreuve rognée : 47, 8 x 29, 2 cm [Feuille d’un exemplaire comprenant la lettre inférieure : 53, 9 x 31, 9 cm ]. Royaume-Uni, Londres, British Museum, 1979,U.869.
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Art et Bible


Vous êtes surpris par les tableaux que vous voyez dans les églises, les musées…
Leur thème vous rappelle vaguement quelque chose de la religion juive ou chrétienne.
Vous aimeriez être capable de les comprendre…

Des formations spécifiques existent.
Nous vous proposons celle de La Bible en ses textes.
Son atout est de vous offrir une méthodologie pour décrypter par vous-même une œuvre, en faire son analyse artistique puis la confronter au texte biblique.

N’hésitez pas ! C’est ici : https://labibleensestextes.wordpress.com/

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Typographie de sainteté

Élancées de fût et de corps hautes… mais stabilisées par un empâtement.
Se détachant nettement. Prêtes à être lues par les savants comme par les débutants.

Premières d’un mot, d’un chapitre. Lettrines qui appellent la suite de l’histoire…
À moins que, cueillies à la suite, elles ne racontent à elles seules l’histoire de la sainteté de Thomas d’Aquin, de son assiduité à l’étude jusqu’à sa gloire dans le ciel. Avec, au cœur de la lutte et des doutes, ces irruptions soudaines du divin. Grâce qui conforte…

Et passe le temps et glissent les mots…
En quelques centimètres carrés, l’image assigne à la lettre une autre mission, toute de suggestion.

C’est l’heure de la rentrée et des apprentissages.
C’est l’heure de tracer dans le parfum de l’automne de nouveaux signes graphiques, déclinés et liés à jamais, selon la racine étymologique, en lettres et dessins.

Note :
Lettrines de Paolo Frigerio, Vita di S. Tomaso d’aqvino, In Roma, Per Egidio Ghezzi, 1668.
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En trouvance d’âme


Béance… qui trouve écho dans le serrement du cœur, le nouement des entrailles face à l’Histoire qui, implacable, détruit et oblitère la mémoire.

Évidées, sans suc, telles apparaissent ces nombreuses niches oubliées.

Mais, qui sait ? Peut-être sont-elles simplement en trouvance d’âme…

Qui sait si un jour, elles ne retrouveront pas des voisins sensibles qui leur offriront d’être, de nouveau, écrins de sainteté…

Note : les niches sont toutes du centre de Toulouse.
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De Floréal à Fructidor

L’été est là… avec ses jours de canicule qui réclament des fruits frais, gorgés de soleil et désaltérants.
L’été est là… avec son sanctoral et ses fêtes : saint Dominique (actuellement le 8 août) et l’Assomption de la Vierge (15 août).
Pourquoi ne pas les unir dans une abondance de fruits brillants ?

Caresser le velouté des abricots et des pêches… Ouvrir une figue et voir s’échapper les grains de la grenade…
Guetter les derniers fruits des fraisiers remontants… et soupeser les poires à maturité…

Touches du bout du pinceau… Entailles de l’airain… Colorer pour donner la saveur… nuancer pour suggérer le craquant des pétales de tulipe…

Still leven. Floreros y bodegones. Vie silencieuse. Mais pour qui ou quoi en cet ovale vierge ?
La scène religieuse n’était-elle que le prétexte permettant de se consacrer à d’autres transcriptions savantes ? Était-il si inconvenant de vouloir ne représenter que fleurs et fruits ?
Et dans ce portrait de dévotion, qui au regard l’emporte : le saint ou l’agrément ? Qui ou quoi demeure dans la mémoire des sens et dans celle de l’esprit ?

Image supérieure : Artiste non identifié (École flamande), Le Don du Rosaire à saint Dominique, XVIIe siècle. Huile sur cuivre, 27 x 23 cm. France, Toulouse, coll. particulière. Ici, détail.
Image intermédiaire : Cornelis I Galle (1576-1650), Guirlande de fleurs et de fruits, s.d. Burin, tr. c. : 52, 8 x 41, 7 cm. France, Paris, Bibliothèque nationale de France, SNR3 (Galle).
Image inférieure : Cornelis I Galle (1576-1650), d’après Pieter Paul Rubens, Saint Philippe Neri, s. d. Burin, 44, 9 x 33, 8 cm. Royaume-Uni, Londres, British Museum, 1871,1111.731.
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Couvrez ce sein, que je ne saurais voir…

Le 12 mai, sa fête est passée inaperçue en France mais, dans son pays, Jeanne n’est pas oubliée.
Princesse du Portugal, Jeanne (1452-1490) fut portraiturée dans ses atours ainsi qu’il convenait à son rang.

L’œuvre fut traduite en dessin et circula jusqu’à Anvers où le burin de Cornelis Galle s’en empara (estampe en haut, à gauche). Sans doute fallait-il animer un peu ce portrait figé et, à défaut d’intervenir sur la physionomie, l’artiste donna de la chair à la naissance des seins.
La planche parut en 1621 dans un ouvrage que le jésuite Antonio Vasconcellos consacra aux rois et reines du Portugal.
La transformation fit-elle scandale ? En 1639, la planche fut réutilisée par Juan Caramuel Lobkowitz qui demanda aux graveurs d’y apporter des modifications. Pudiquement, la poitrine fut couverte d’une gaze délicate, précieusement boutonnée à la gorge.

Jeanne, quittant le monde, fut le joyau du monastère des dominicaines d’Aveiro. Quand vint l’heure de la reconnaissance de son culte, en 1693, la princesse céda la place à la moniale sous le burin de Louis Gomier, un français installé dans la ville éternelle.
En tout bien et tout honneur…
Le gentilhomme français, voyageant en Flandre, dans De l’abus des nuditez de gorge (1677), pouvait être rassuré ; ni lui, ni Jeanne ne tombaient sous le coup de ce jugement : « Et il est d’autant plus nécessaire de détourner nos regards de dessus ces femmes dont la gorge et les épaules sont découvertes que, selon la pensée du même patriarche, il est difficile de concevoir quelle place Dieu peut trouver dans une âme que les yeux ont trahie et dans laquelle ils ont fait entrer ces images impures, qui occupent et qui troublent toutes ses puissances ».
Jeanne, princesse et moniale, préservée par grâce, méritait d’être regardée et vénérée.

Son peuple le sait mieux qu’aucun autre.

Images supérieures, de gauche à droite :
Cornelis I GALLE (1576-1650), graveur, Ioanna Portvgalliæ Princeps,s.d. [1621]. Burin, c. de pl. : 18, 7 x 13 cm ; tr. c. : 18, 65 x 12, 8 cm. Planche pour Antonio VASCONCELOS (?-1622), Anacephalæoses id est, Svmma capita actorvm Regvm Lvsitaniæ. Auctore P. Antonio Vasconcellio Societatis Iesv Sacredote, Theologo Olysipponensi. Accesserunt Epigrammata in singulos Reges ab insigni Poeta Emmanvele Pimenta eiusdem Societatis. Et illorum effigies ad vivum expressæ, curâ, & sumptibus Emmanuelis Sueyro Regiæ Catholicæ Maiestatis Aulici Familiaris, Equitis militiæ Saluatoris nostri Iesv Christi ; & Domini de Voorde, Antverpiæ, Apud Petrum & Ioannem Belleros, 1621, p. 236.
Cornelis I GALLE (1576-1650), graveur, Ioanna Portvgalliæ Princeps,s.d. [1639]. Burin, c. de pl. : 18, 7 x 13 cm ; tr. c. : 18, 65 x 12, 8 cm.Planche pour Juan de CARAMUEL Y LOBKOWITZ (1606-1682), Philippvs prvdens Caroliv. Imp. Filivs Lvsitaniæ Algarbiæ, Indiæ, Brasiliæ legitimvs Rex demonstratvs A.D. Ioanne Caramuel Lobkowitz Religioso Dunensi Ord. Cister. S.T. Doctore Louaniensi et Melrosensi Abbate, Antverpiæ, Ex officina Plantiniana Balthasaris Moreti, 1639, p. 62.
Philibert II BOUTTATS (vers 1655-?), graveur, Sancta Princeps D. Ioanna, 1685. Burin, feuille : 32, 3 x 20 cm. Planche pour Godefroid HENSCHEN (1601-1681) ; Daniel VAN PAPENBROECK (1628-1714) ; François BAERT (1651-1719) ; Conrad JANNINCK (1630-1723), Acta Sanctorvm Maii collecta, digesta, illustrata, a Godefroid Henschenio et Daniele Papebrochio e Societate Iesu. Tomvs VII Continenstres ultimos Dies et Appendices Priorum operam et studium Conferentibus Francisco Baertio et Conrado Ianningo eiusdem Societatis, Antverpiæ Apvd Michaelem Cnobarvm, 1688, p. 718.
Tableau :
ARTISTE NON IDENTIFIÉ (École de Nuno Gonçalves, peintre d’Alphonse V, père de Ioanna), Joanna de Portugal, vers 1472-1475. Huile sur panneau de châtaignier, 60 x 40 cm. Portugal, Aveiro, Museu de Aveiro, Inv. 1/A.
Livre :
Jacques Boileau, De l’abus des nuditez de gorge, A Brvxelles, Chez François Foppens, Imprimeur & Libraire, 1675.
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