Du burin au ciseau

floreffe

L’un des aspects les plus agréables de mes activités professionnelles est… de jouer !
Je n’ai ni manette pour partir dans le virtuel, ni téléphone sur lequel agiter frénétiquement mes pouces.

Comme pour Thierry Falmagne qui repère et catalogue des fragments de manuscrits médiévaux cachés dans les plats intérieurs de reliures anciennes…
Comme pour Philippe Costamagna qui a enregistré dans sa mémoire des milliers de tableaux…
…l’œil m’entraîne sur le terrain de jeu des associations.

Mais il peut me tromper et ma mémoire être défaillante.
Pour suppléer, l’œil des appareils photographiques est infiniment précieux. Frederico Zeri l’avait compris et sa photothèque en libre accès offre un fabuleux répertoire de la peinture italienne.

Il demeure que c’est l’œil, sans cesse en quête, et la mémoire visuelle qui créent les rapprochements et repèrent tout autant les différences.
Du burin au ciseau ou au pinceau, c’est l’œil qui, avant la main des artistes, avait su effectuer les passages. C’est toujours un plaisir d’y ajouter mon propre regard, de m’étonner, de m’émerveiller, et de parcourir ce chemin de l’œil à la main et de la main à l’œil…

Et, autant qu’il est possible, de rencontrer l’œuvre dans toute sa réalité matérielle.

Notes :
Image de gauche :
Michel van Lochom (1601-1647), graveur et éditeur, S. Dominicvs, 1635. Burin, c. de pl. : 15 x 10, 4 cm. Pays-Bas, Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-1908-2144.
Image de droite :
Pierre Enderlin (vers 1603-1664), sculpteur, [Saint Dominique], 1635-1648. Chêne sculpté, dimensions non renseignées. Belgique, Floreffe, Église abbatiale des prémontrés, dix-septième dorsal de stalle du côté de l’épître. Que soit remerciée Jeannine Serre pour le cliché qui compense provisoirement l’observation in situ.
Publié dans Services en documentation | Laisser un commentaire

A sa mémoire

blog-retable-do-mainsIl est des évènements surprenants qui resurgissent à la mémoire…
Et des objets qui réapparaissent, tel ce retable, sans doute du XVIIe siècle.

En 1530, dans un village de Calabre, Soriano, les frères du couvent dominicain, reçurent miraculeusement une toile peinte à l’effigie de leur fondateur.
Le bruit s’en répandit. Les curieux se précipitèrent, les plus pieux prièrent et moult miracles s’observèrent.

Un siècle plus tard, les recueils relatant ces miracles se diffusèrent. Chaque couvent tint à avoir une représentation de cette toile avec, parfois, la mise en scène de son don par la Vierge Marie, sainte Marie Madeleine et sainte Catherine d’Alexandrie.
En plein cœur de Paris, le Noviciat général prit la titulature de saint Dominique de Soriano, et dans tout l’Ordre, de l’Europe au Nouveau Monde, du Mexique aux Philippines, les frères célébrèrent, chaque 15 septembre, la fête de la commémoraison de l’image de Soriano.

Sans doute, est-ce dans ce contexte effervescent de dévotion à saint Dominique que fut sculpté ce panneau de retable.

Si vous avez des idées sur sa provenance, son école de sculpture, je serai ravie d’accueillir vos suggestions. Merci !

blog-retable-entier

Publié dans Curiosités, XVIIe siècle | 2 commentaires

Effeuiller les feuillées

feuillee-titus-carmelFaut-il égrener le temps en années civiles quand les évènements créent dans nos vies des espaces qui se jouent des calendriers ?

Tantôt heures, parfois décennies, les scansions échappent au comptage et leur irrégularité crée l’unicité de ce qui nous est propre.

Vie échappée, qui se joue des séries, art que recueillent les mots de Gérard Titus-Carmel, artiste et poète à qui l’abbaye de Saint-Riquier vient de consacrer une exposition. En point d’orgue, ses écrits sur l’art viennent d’être réédités.

Effeuiller ses feuillets sont un pur bonheur et je ne peux que vous souhaiter de les découvrir tout au long des jours de ce que nous appelons la nouvelle année.

Gérard Titus-Carmel, Au Vif de la peinture, à l’ombre des mots, Strasbourg, L’Atelier contemporain ; François-Marie Deyrolle éditeur, 2016.

Image :
Trois lithographies de 2003 de la série « Feuillée », 76 x 56 cm.
Publié dans Estampes, Peintures | Laisser un commentaire

Estampage intime

sam_0039-copie-2

Il arrive de se demander ce que certaines personnes ont dans le cœur… cœur tendre ou cœur de pierre…
En celui de Marguerite de Castello, tertiaire dominicaine, il y avait justement  trois pierres qui y furent retrouvées après sa mort, en 1320.

Sur la première était gravée la Vierge Marie couronnée et sur la troisième saint Joseph avec une dominicaine agenouillée. Les dévotions de Marguerite s’étaient imprimées au plus profond de son être.
La deuxième reflétait la scène de la Nativité et c’est tout naturellement qu’en 1630, il fut choisi d’en faire une carte de vœux.

De pierres, miroirs de son âme, le cœur de Marguerite était tendre.
Aveugles, ses yeux ne contemplaient le mystère qu’au plus profond de l’être.
Le sceau du Verbe fait chair y était cacheté.

 Note : La date de l’image est inscrite en chronogramme.
Publié dans Curiosités, Estampes, XVIIe siècle | Laisser un commentaire

La lettre de l’image

missel-ms-103

La lettre de l’image ?
N’est-ce pas plutôt une image dans la lettre ?

Certes…
Mais l’image est lettre, parole.
Comme l’Incarnation du Verbe fait chair est parole au cœur du croyant,
l’enluminure exprime en son propre langage l’unique Parole d’un Dieu livré par amour.

Du 15 novembre 2016 au 28 janvier 2017, les manuscrits médiévaux des Jacobins de Toulouse, enluminures et mots, sortent des réserves de la Bibliothèque municipale. Ils s’offrent au regard, à l’intelligence et à la sensibilité, à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine.

Laissez-vous saisir…

Note :
Ms. 103 (Missel du XIIIe siècle des Frères Prêcheurs du couvent des Jacobins de Toulouse), fol. 135.

Pour visualiser de chez vous les manuscrits conservés à Toulouse, cliquez ici et naviguez.

Publié dans Enluminures | Laisser un commentaire

De Sienne à Arequipa

pesscaL’université de Californie conduit un magnifique projet intitulé PESSCA (Project on the Engraved Sources of Spanish Colonial Art).

Comme l’intitulé l’indique, il s’agit de relier les peintures du Nouveau Monde à leurs modèles gravés européens.

Actuellement est présentée une exposition qui dévoile une Vie de sainte Catherine de Sienne en peintures, exécutées entre 1650 et 1680 pour le monastère Santa Catelina d’Arequipa au Pérou. Les chercheurs ont fort justement mis en regard des toiles une Vie en planches gravée à Paris en 1607 et éditée par Jean IV Leclerc (1560-vers 1620/1622). L’ensemble des scènes peut être examiné dans un catalogue provisoire.

Ce premier coup d’œil mériterait d’être complété et le rapprochement explicité. Il conviendrait de partir de la Vie, gravée par Pieter de Iode (1570-1634) d’après les dessins de Francesco Vanni (1563-1610) et imprimée à Rome en 1597 par Matteo Florimi (vers 1540-1613). Les planches de cette Vie sont en format « paysage » et offrent trois scènes par feuille. Pieter de Jode fit une copie des planches et la fit imprimer sans doute à Anvers. Le format, sensiblement égal à une feuille de papier A4, parut-il difficile à manier ? Cornelis et Philippe Galle choisirent, en 1603, de graver séparément les scènes pour les éditer en un opuscule en format « portrait » d’environ 16 x 10 cm (coup de planche : 14, 8 x 9, 3 cm).

Le succès fut immédiat et les copies se multiplièrent, notamment à Paris, à Rome et à Venise. Les éditions parisiennes et romaines gagnèrent l’Espagne et de là, le Nouveau Monde. Elles servirent alors de sources iconographiques pour les artistes œuvrant dans les couvents de l’Ordre des Prêcheurs.

Notes :
Image de gauche : Planche n° 18 de la Vie imprimée à Anvers par Philippe Galle. Burin, c. de pl. : 14, 8 x 9, 3 cm. Voir France, Paris, BnF, Rd3 (Catherine de Sienne).
Image centrale : Sainte Catherine ressuscite sa mère, vers 1650-1680. Huile sur toile, 107 x 163 cm. Perou, Arequipa, Pinacothèque du Monastère Santa Catelina.
Image de droite : Planche n° 18 de la Vie imprimée à Paris par Jean IV Leclerc. Burin, c. de pl. : 19 x 13, 4 cm. Espagne, Madrid, Biblioteca nacional de España – cote : ER/1652.
Publié dans Estampes, Peintures | Laisser un commentaire

Le Vieux Papier

001 Dîner le Vieux Papier 26 décembre 1912 - copiePourquoi la curiosité serait-elle un vilain défaut ?

Et  pourquoi  les vieux papiers  ne seraient-ils destinés  qu’aux souris et autres « papivores » ?

Un bout de feuille ou de carton peut porter les traces d’histoires et de l’Histoire.
Ce qui aujourd’hui apparaît banal se révèlera peut-être, un jour, extrêmement riche d’originalité et digne d’étude.

Une Société, née en 1900, rassemble ainsi des passionnés d’encre et de feuilles, de traits de plume et de coups de pinceaux, de noir et de blanc et de couleurs rutilantes.

Le Vieux Papier attend votre curiosité… Osez partir à sa rencontre en cliquant sur les liens et en allant sur sa page Facebook, car aussi anciens soient les documents, aussi high tech sont les moyens de les faire connaître.

Le Vieux Papier possède sa propre revue dont les numéros les plus récents sont à commander et les plus anciens à consulter dans toute bonne bibliothèque municipale (format papier) ou sur Gallica, le site de numérisation de la Bibliothèque nationale de France.

Soyez curieux !

Publié dans Curiosités, Estampes, Non classé | Laisser un commentaire