Au printemps, courez…

Courez, courez, pendant tout le temps pascal… vers la basilique Saint-Sernin de Toulouse où sont accrochées des toiles d’Arcabas.
Laissez-vous surprendre et prendre.
Et si vous ne pouvez venir, vous trouverez de nombreux liens pour découvrir l’artiste et son œuvre dont celui-ci et encore celui-ci.

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Rien ne se perd…

Les biens précieux ne sont pas toujours ceux auxquels nous pensons.
Pour servir à la gravure, les plaques de cuivre doivent être bien planes, et cette qualité requiert un savoir faire particulier, réservé aux dinandiers. De ce fait, une plaque de cuivre destinée à la taille-douce coûte cher. Elle est utilisée au maximum, aussi longtemps qu’il est possible de la passer sous presse sans écraser les tailles. Il est ensuite possible d’utiliser son verso pour de nouvelles tailles. Plus rarement ce revers va recevoir une peinture à l’huile.
Ainsi en fut-il de cette toute petite plaque gravée ornée, de l’autre côté et tête-bêche, d’un portrait de Rose de Lima, la première sainte du Nouveau Monde.

Comment dater cet objet émouvant et curieux ?
Rose de Lima (1586-1617) fut béatifiée en 1668 et canonisée en 1671. Il est raisonnable de penser que la plaque fut peinte dans la seconde moitié du XVIIe siècle, pour célébrer la nouvelle sainte.
La partie gravée figure une Vierge à l’Enfant. Elle comporte quelques lignes d’une dédicace, des armoiries, un nom de lieu et deux initiales.
La dédicace est adressée à Jeronimo Osorio. Il y en eut deux, l’oncle et le neveu. L’oncle (1506-1580), né à Lisbonne, fut un humaniste talentueux et un théologien. Il devint évêque de Silves, s’exila ensuite à Rome avant de revenir vivre ses derniers mois au Portugal. Les armoiries sur le cuivre sont celles de sa famille (Osorio da Fonseca) mais elles ne portent pas de chapeau épiscopal. Est-ce  à  dire  que  la  plaque  date  de  ses  années  d’études  en  théologie  à Bologne ? Ou bien la plaque a-t-elle été dédiée à son neveu et biographe, sur qui aucun renseignement précis n’a été trouvé ?
La plaque a été incisée à Rome. Les initiales C S sont sans doute celles de l’artiste mais à qui correspondent-elles ? La plaque est-elle restée à Rome ? Y a-t-elle été peinte ou bien avait-elle migré vers le Portugal avant sa nouvelle utilisation ?
Autant de petites énigmes qui n’ont pas encore trouvé de réponse.
Le petit format de la plaque pourrait correspondre à celui d’un frontispice d’ouvrage dédié à Jeronimo Osorio. En latin, le donateur se nomme Rochus Gironus. Sur lui non plus, aucune information n’a été collectée.

En dépit de ces questionnements, il reste une peinture de dévotion à l’égard de Rose de Lima, tertiaire dominicaine, et un côté gravé que le regard ne cesse de scruter tant l’esprit aimerait y déceler d’autres indications.
Rien ne se perd… sauf la mémoire des objets… et des personnes !

A Lima, dans la collection Barbosa-Stern se trouve également une plaque de cuivre gravée réemployée pour une peinture. Objet exceptionnel dont seule la partie incisée a fait l’objet d’études en raison de son thème prisé par les historiens : la catéchisation des incas par les jésuites. Pour les lecteurs maîtrisant l’espagnol, vous pouvez en lire une présentation par ce lien. Le recto peint ne suscite guère de commentaires. Pour notre propos, il est cependant intéressant puisque saint Dominique y est figuré en compagnie de saint François d’Assise, vénérant la Vierge Marie et l’Enfant Jésus. Les détails peu visibles associent saint François à la prédication aux oiseaux (présents dans le bas, en arrière-plan). D’autre part, tout autour de la Vierge sont disposés des symboles des litanies de la Vierge. Saurez-vous les reconnaître ?

Notes :
Première plaque : 13, 5 x 10 cm. Collection particulière.
Plaque de Lima : 47 x 31 cm. Pérou, Lima, Collection Barbosa-Stern.
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Du burin au ciseau

floreffe

L’un des aspects les plus agréables de mes activités professionnelles est… de jouer !
Je n’ai ni manette pour partir dans le virtuel, ni téléphone sur lequel agiter frénétiquement mes pouces.

Comme pour Thierry Falmagne qui repère et catalogue des fragments de manuscrits médiévaux cachés dans les plats intérieurs de reliures anciennes…
Comme pour Philippe Costamagna qui a enregistré dans sa mémoire des milliers de tableaux…
…l’œil m’entraîne sur le terrain de jeu des associations.

Mais il peut me tromper et ma mémoire être défaillante.
Pour suppléer, l’œil des appareils photographiques est infiniment précieux. Frederico Zeri l’avait compris et sa photothèque en libre accès offre un fabuleux répertoire de la peinture italienne.

Il demeure que c’est l’œil, sans cesse en quête, et la mémoire visuelle qui créent les rapprochements et repèrent tout autant les différences.
Du burin au ciseau ou au pinceau, c’est l’œil qui, avant la main des artistes, avait su effectuer les passages. C’est toujours un plaisir d’y ajouter mon propre regard, de m’étonner, de m’émerveiller, et de parcourir ce chemin de l’œil à la main et de la main à l’œil…

Et, autant qu’il est possible, de rencontrer l’œuvre dans toute sa réalité matérielle.

Notes :
Image de gauche :
Michel van Lochom (1601-1647), graveur et éditeur, S. Dominicvs, 1635. Burin, c. de pl. : 15 x 10, 4 cm. Pays-Bas, Amsterdam, Rijksmuseum, RP-P-1908-2144.
Image de droite :
Pierre Enderlin (vers 1603-1664), sculpteur, [Saint Dominique], 1635-1648. Chêne sculpté, dimensions non renseignées. Belgique, Floreffe, Église abbatiale des prémontrés, dix-septième dorsal de stalle du côté de l’épître. Que soit remerciée Jeannine Serre pour le cliché qui compense provisoirement l’observation in situ.
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A sa mémoire

blog-retable-do-mainsIl est des évènements surprenants qui resurgissent à la mémoire…
Et des objets qui réapparaissent, tel ce retable, sans doute du XVIIe siècle.

En 1530, dans un village de Calabre, Soriano, les frères du couvent dominicain, reçurent miraculeusement une toile peinte à l’effigie de leur fondateur.
Le bruit s’en répandit. Les curieux se précipitèrent, les plus pieux prièrent et moult miracles s’observèrent.

Un siècle plus tard, les recueils relatant ces miracles se diffusèrent. Chaque couvent tint à avoir une représentation de cette toile avec, parfois, la mise en scène de son don par la Vierge Marie, sainte Marie Madeleine et sainte Catherine d’Alexandrie.
En plein cœur de Paris, le Noviciat général prit la titulature de saint Dominique de Soriano, et dans tout l’Ordre, de l’Europe au Nouveau Monde, du Mexique aux Philippines, les frères célébrèrent, chaque 15 septembre, la fête de la commémoraison de l’image de Soriano.

Sans doute, est-ce dans ce contexte effervescent de dévotion à saint Dominique que fut sculpté ce panneau de retable.

Si vous avez des idées sur sa provenance, son école de sculpture, je serai ravie d’accueillir vos suggestions. Merci !

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Effeuiller les feuillées

feuillee-titus-carmelFaut-il égrener le temps en années civiles quand les évènements créent dans nos vies des espaces qui se jouent des calendriers ?

Tantôt heures, parfois décennies, les scansions échappent au comptage et leur irrégularité crée l’unicité de ce qui nous est propre.

Vie échappée, qui se joue des séries, art que recueillent les mots de Gérard Titus-Carmel, artiste et poète à qui l’abbaye de Saint-Riquier vient de consacrer une exposition. En point d’orgue, ses écrits sur l’art viennent d’être réédités.

Effeuiller ses feuillets sont un pur bonheur et je ne peux que vous souhaiter de les découvrir tout au long des jours de ce que nous appelons la nouvelle année.

Gérard Titus-Carmel, Au Vif de la peinture, à l’ombre des mots, Strasbourg, L’Atelier contemporain ; François-Marie Deyrolle éditeur, 2016.

Image :
Trois lithographies de 2003 de la série « Feuillée », 76 x 56 cm.
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Estampage intime

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Il arrive de se demander ce que certaines personnes ont dans le cœur… cœur tendre ou cœur de pierre…
En celui de Marguerite de Castello, tertiaire dominicaine, il y avait justement  trois pierres qui y furent retrouvées après sa mort, en 1320.

Sur la première était gravée la Vierge Marie couronnée et sur la troisième saint Joseph avec une dominicaine agenouillée. Les dévotions de Marguerite s’étaient imprimées au plus profond de son être.
La deuxième reflétait la scène de la Nativité et c’est tout naturellement qu’en 1630, il fut choisi d’en faire une carte de vœux.

De pierres, miroirs de son âme, le cœur de Marguerite était tendre.
Aveugles, ses yeux ne contemplaient le mystère qu’au plus profond de l’être.
Le sceau du Verbe fait chair y était cacheté.

 Note : La date de l’image est inscrite en chronogramme.
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La lettre de l’image

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La lettre de l’image ?
N’est-ce pas plutôt une image dans la lettre ?

Certes…
Mais l’image est lettre, parole.
Comme l’Incarnation du Verbe fait chair est parole au cœur du croyant,
l’enluminure exprime en son propre langage l’unique Parole d’un Dieu livré par amour.

Du 15 novembre 2016 au 28 janvier 2017, les manuscrits médiévaux des Jacobins de Toulouse, enluminures et mots, sortent des réserves de la Bibliothèque municipale. Ils s’offrent au regard, à l’intelligence et à la sensibilité, à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine.

Laissez-vous saisir…

Note :
Ms. 103 (Missel du XIIIe siècle des Frères Prêcheurs du couvent des Jacobins de Toulouse), fol. 135.

Pour visualiser de chez vous les manuscrits conservés à Toulouse, cliquez ici et naviguez.

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